textes, scène, troupe, humour

Et Bonnes Vancances extrait

Et Bonnes Vacances               4 h 4 f               1 H 45

Acte 1 – Scène 1 : Marie Françoise (34) – Vincent (36)

Pénombre - Cigales – arrivée d’une voiture - Lumière

Vincent OFF       Voilà, c’est ici ! Villa « L’olivier ». 

Marie F.     (entrant) Fais attention à ma valise, Vincent. C’est une Prada. Très jolie villa ! Alors c’est à toi ça ?  

Vincent      (il entre avec un sac de voyage simple et une valise) Eh oui ! Alors, qu’est ce que tu en penses ? Pas mal n’est ce pas !?

M.F.           Pourquoi ne m’avoir jamais dit que tu possédais une villa sur la Côte ? Nous aurions pu y venir plus tôt.

Vincent      Oh mais vous ne savez pas encore tout de moi, ma chère. En même temps, je n’en sais pas beaucoup plus sur toi.

M.F.           C’est vrai ! Mais un peu de mystère, c’est bien aussi.

Vincent      Depuis plus d’un an que nous sommes ensemble, je ne sais quasiment rien, de ta vie avant moi, ni de ta famille. Je dois bien t’avouer que, lorsque nous nous sommes rencontrés et que tu m’as dit être, descendante d’une richissime famille de la vieille noblesse française, je n’y ai pas vraiment cru.

M.F.           Et maintenant, tu le crois ?

Vincent      Quand on possède un hôtel particulier à Neuilly, on n’est pas dans la misère… D’ailleurs j’aimerais bien la visiter un jour ta fameuse résidence. C’est toujours toi qui viens chez moi.

M.F.           Chez moi, c’est trop grand, trop froid. Ton petit appartement est beaucoup plus intime et chaleureux.

Vincent      Quand même Marie, j’aimerais…

M.F.           Marie Françoise ! Mon prénom est Marie Françoise. J’aimerais bien que tu perdes cette fâcheuse habitude de m’appeler Marie en raccourci.

Vincent      C’est vrai que, vous, les nobles, vous gardez de très mauvais souvenirs des (faisant un geste de décapitation) « raccourcis ». 

M.F.           Oh et puis cet humour…         En tout cas, belle villa ! C’est une maison de famille ?

Vincent      Heu… Non, je l’ai achetée…  grâce à mes placements. 

M .F.          Combien ça peut valoir une villa comme ça, sur les hauteurs de Cannes ?

Vincent      Aucune idée !

M.F.           Tu ne connais pas la valeur de ta maison ?

Vincent      Hein ?... Heu non ! Je veux dire que je ne l’ai pas faite estimée depuis un bon moment. Comme je ne compte pas la vendre…

M.F.           Je suis sûre qu’elle vaut plus que mon hôtel particulier à Clichy

Vincent      A Clichy ?

M.F.           Hein ? J’ai dit Clichy ? Non, Neuilly, tu as mal compris ! (Le portable de Vincent sonne) Répond, je mets les bagages dans la chambre. C’est où ?

Vincent      Heu… les chambres… les chambres, regarde par là (il montre direction cuisine, elle y va)     Allô !... Ah, c’est toi Paulo… Hein ?... Mais non, je n’ai pas disparu… Pas la peine de me menacer…

M.F.           (Elle revient avec les bagages) Par là, c’est la cuisine !

Vincent      Attend deux secondes Paulo ! (A Marie Françoise) Eh bien regarde de l’autre côté.

M.F.           Tu ne sais pas où sont les chambres, chez toi ?

Vincent      Je ne sais plus ! Je ne viens pas souvent ! (Elle sort vers chambres) (Au téléphone) Ne crie pas Paulo ! Désolé, je ne suis pas seul… Oui, une dette, ça se paye d’une façon ou d’une autre, je sais !... Et arrête de me faire des menaces, tu sais que ça me fait peur ! Je te demande juste un petit délai, le temps de réunir la somme. Une semaine maxi… Enfin, Paulais, tu me conno, Paulo, tu me connais, j’ai toujours réglé mes dettes… Oui 30.000, ne t’inquiète pas… Je sais, tu ne rigoles pas… (Il regarde vers les chambres) Je dois raccrocher. (M.F. revient) Oui, une semaine. C’est cela cher ami. A bientôt !

M.F.           Un souci ?

Vincent      Hein ? Heu… non, non ! Le boulot ! Rien de grave ma chérie. Tu as trouvé les chambres ?

M.F.           Oui ! Bien sûr j’ai choisi la plus grande pour nous. La vue sur la mer est magnifique. Vraiment une belle villa ! Six chambres qui donnent toutes sur la terrasse et la piscine.

Vincent      Six chambres !? La vache ! (devant le regard étonné de M.F.) Oui mais je ne les compte pas tous les jours !

M.F.           Ces vacances vont nous faire le plus grand bien.

Vincent      Surtout à toi qui n’a jamais travaillé et qui passe ton temps à faire du shopping.

M.F.           Parce que, toi, tu as l’impression de beaucoup travailler ? Tu passes tes journées sur ton ordinateur.

Vincent      Je fais gagner de l’argent aux riches comme toi. Crois-moi, la Bourse, ce n’est pas de tout repos.

M.F.           Et, c’est pour ça que tu sors très souvent le soir ? Pourtant, il ne me semble pas que la Bourse soit ouverte 24 h sur 24.

Vincent      Je t’ai déjà expliqué que le soir, j’ai des rendez-vous. Eh oui ! Mes clients sont tous des hommes d’affaires, et donc très occupés la journée. On ne peut se rencontrer que le soir. Faire fructifier des fortunes, ça ne se fait pas en claquant des doigts.

M.F.           A propos, ils en sont où mes placements à moi ? Pour l’instant je n’ai pas vu le moindre euro de plus-value. Pourtant, je t’ai confié des sommes importantes.

Vincent      Heu… Ça avance, ça avance ! Ne t’inquiète pas, ton argent travaille. Mais ce n’est pas du court terme, il faut être patient. Je place, j’achète, je revends, je replace et le jour J, je vends tout, et tu ramasses le pactole. Il faut juste savoir le faire au bon moment.

M.F.           Et ce n’est pas encore le bon moment ?

Vincent      Certainement pas ! En ce moment, la Bourse, c’est un peu compliqué mais ne t’inquiète pas, je veille. D’ailleurs, à ce propos, si tu as un peu de liquidité en ce moment, il y a un joli coup à faire. Ce serait dommage de passer à côté.

M.F.           Il faudrait mettre combien ?

Vincent      De combien tu peux disposer, rapidement ?

M.F.           Quarante ou cinquante !

Vincent      Qu’est ce que tu veux faire avec 50 euros ?

M.F.           50.000 !

Vincent      Aaah ! C’est pile poil la somme qu’il me faut ! Heu… la somme qu’il faut !

M.F.           On en reparle plus tard. Les autres ne vont pas tarder...

Vincent      Oui mais si tu veux faire une belle affaire, il ne faut pas trop attendre. Moi je dis ça, c’est pour toi, mais ce doit être fait très rapidement.

M.F.           Eh bien je te ferai un virement tout à l’heure. On n’est pas à deux minutes. Pensons d’abord à profiter de la villa et de la piscine.

Vincent      La piscine ! Mais… la mer est à moins de 100 mètres.

M.F.           Tu ne penses tout de même pas que je vais aller plonger mon corps dans une mer polluée par tout ces gens qui se jettent dedans dès le mois de juillet arrivé. 

Vincent      Ah ben oui ! On ne mélange pas les torchons Gifi avec les serviettes Lacoste ! En tout cas, je me réjouis de ces vacances avec les amis.

M.F.           Dis plutôt, TES amis.

Vincent      C’est une tradition. Depuis des années nous passons une semaine de vacances ensemble. Je sais que tu ne les apprécies pas beaucoup, mais c’est parce que tu ne les connais pas bien. Tu ne les as vu que deux ou trois fois. Et puis je te rappelle que toi aussi tu as invité une copine, Dorothée.

M.F.           Avec Dorothée, je suis certaine d’avoir quelqu’un à qui faire la conversation.

Vincent      C’est vrai que les conversations avec Dorothée, ça vaut des points.

M.F.           Elle est un peu spéciale, je te l’accorde.

Vincent      Un peu spéciale !? C’est peu dire. Et puis quelle allure elle a. Elle fait plus marchande de poisson que femme du monde.

M.F.           Et… heu machine, comment… l’ex « star » de télé réalité. La copine de  Mathieu…

Vincent      Céline !?

M.F.           Oui, Céline ! Elle n’est pas spéciale, peut-être ? Tous les matins, elle va faire des câlins aux arbres ! Et les repas, je ne t’en parle même pas. Faut pas manger ça parce que ceci, faut pas boire çi parce que cela, et ses : « Oh non, faut pas faire ça parce que ça fait souffrir la planète »

Vincent      Elle est écologiste !

M.F.           Ecolomiste ! Ecolo extrémiste. Et tout au bout de l’extrémité !

Vincent      J’admets que ça peut être très chiant !

 M.F.          Et puis question cerveau…. Comment peut-on se prétendre écologiste et avoir aussi peu de culture !?

Vincent      (riant) Ah ah ah ! Si c’est une vanne, elle est excellente, je la replacerai. Bon, c’est vrai que Céline, ce n’est pas la truite la plus oxygénée du bassin, mais elle est sympa.

(On entend une voiture – klaxon de beauf)

Vincent      Tiens, quand on parle du loup ! Voilà Mathieu et la truite.

M.F.           Va les accueillir, moi, je vais préparer quelques rafraichissements. J’espère que tu as prévu le nécessaire. (Elle sort cuisine)

Vincent      (A lui-même) Et moi, j’espère que l’agence de location y a pensé ! Alors, par là, la cuisine, et par là, les chambres ! (Il va à l’accès entrée) Salut les vedettes ! Vous avez fait bonne route ?

Acte 1 – Scène 2  : Mathieu (11) – Vincent (9)  – Céline (10) – Marie Françoise (5)

Mathieu     (En entrant avec deux valises) Heureusement qu’on est parti à cinq heure du matin !

Vincent      A 5 h !? Et vous arrivez seulement ? Nous, on a décollé à 10 h. Qu’est ce que vous avez foutu ?

Mathieu     Avec Céline, interdiction de prendre l’autoroute.

Céline         (Entrant) D’abord, les sociétés d’autoroute c’est des racketteurs ! Et ensuite, avec tous les péages et les radars, on est tracé en permanence. Tes moindres déplacements, ils les connaissent. Et puis c’est beaucoup plus joli en prenant les petites routes. Rhooo, qu’est ce qu’on a vu comme jolies choses.

Mathieu       Et chaque fois qu’on voit une jolie chose, il faut s’arrêter. Bref, on passe plus de temps à admirer les « jolies choses » qu’à rouler.

Céline         De toutes les façons, il faut faire des pauses. Et pas toutes les deux heures comme ils le disent. Il faut s’arrêter toutes les heures.

Vincent      Pourquoi toutes les heures ?

Céline         En t’arrêtant plus souvent, ben forcément, tu roules moins longtemps. Du coup, ça fatigue moins. C’est logique.

Mathieu     Voilà ! C’est logique.

Céline         Et comme tu roules moins longtemps, du coup tu fais moins de kilomètres.

Mathieu     Voilà ! C’est SA logique !

Vincent      Et du coup, tu fais des économies d’essence.

Céline         Ah oui ! Il a raison ! Du coup tu pollues moins. Bébé en remontant, on s’arrêtera toutes les demi-heures.

Mathieu     (Yeux noirs vers Vincent) Ah c’est malin !

(Retour de Marie Françoise avec une carafe de jus de fruit)

M.F.           Mathieu, Céline ! J’ai pensé qu’un petit jus de fruits vous ferait du bien. (A Vincent) Demain il faudra faire des courses, il n’y a quasiment rien dans le frigo et les placards. (Embrassades de bonjour. Marie Françoise rempli les verres)

Céline         C’est du jus de fruits bio j’espère ? Parce que si c’est pas bio…

Vincent      Si, si ! Il est bio garanti. On l’a acheté nous-mêmes ce matin à un producteur bio local sur le marché.

Céline         Alors ça va !

Mathieu     Merci, c’est gentil Marie Françoise !

Céline         Très bon ! Vous savez comment il s’appelle votre producteur bio local ? J’irai lui en acheter en remontant.

Vincent      Heu… Marc ! C’est Monsieur Marc… Marc Repère !

Mathieu     (Après avoir bu) Ne serait-il pas parent avec Madame Tropicana ?

M.F.           C’est fort possible !

Céline         Tu connais Bébé ?

Mathieu     J’ai rencontré tellement de gens dans mes émissions télé… Jean Mi et Aurélie ne sont pas encore arrivés ?

Vincent      Non ! Pas plus que Sébastien et Virginie. Ah, pendant que j’y pense, Marie Françoise a aussi invité une copine à elle.

Céline         Super ! Plus on est de folle, plus on rit ! Comment elle s’appelle ?

M.F.           Dorothée ! Alors, je vous préviens, elle est… comment dire…

Vincent      Un peu secouée de la tête ! (A Céline) Vous devriez bien vous entendre.

M.F.           Vous verrez, elle un peu brut de décoffrage mais elle est très sympa. Bien ! Si vous souhaitez voir votre chambre, je vous y emmène.

Vincent      Je vous suis, je n’ai pas encore visité. Enfin, je veux dire je n’ai pas vérifié que tout allait bien. (Les filles sortent chambres)

Mathieu     (le retient) Hé, bravo pour la location, tu as très bien choisi. Bon, en même temps, je me doutais bien qu’on n’arriverait pas dans un taudis. La semaine à deux mille balles par personne… Au fait, il faut te payer quand ?

Vincent      T’inquiète ! Quand tu voudras ! Mais si tu peux le faire tout de suite…

Mathieu     Le temps de m’installer et je te fais le chèque. (Ils suivent les filles)

Acte 1 – Scène 3  Sébastien (39) – Vincent (16) – Mathieu (25)

(Nouveau bruit de voiture - Arrivée de Sébastien. Il a les mains vides. On le sent déprimé. Il traine les pieds et s’effondre dans le canapé, puis il sort son téléphone et compose un numéro)

Sébastien   …C’est Sébastien ! S’il te plait Virginie, rappelle-moi, mon coeur. Ça fait au moins 12 messages que je te laisse. Tout mon forfait va y passer. Tu ne peux pas me laisser comme ça, sans explication. Rappelle-moi, s’il te plait, ma chérie d’amour. (Il raccroche, retour de Vincent et Mathieu)

Mathieu     Je t’avais bien dit que j’avais entendu une voiture. Salut Sébastien ! Ça va petit père ?

Sébastien   Ça pourrait aller mieux !

Vincent      Oui, je comprends, la route, toi qui n’aime pas conduire…

Mathieu     Et la belle Virginie qu’est ce qu’elle fait ?

Sébastien   (Ailleurs) Hein ?

Mathieu     Virginie ! Ta femme !

Sébastien   Oh, ma femme…

Mathieu     Alors ?

Sébastien   Hein ? Alors quoi ?

Mathieu     Elle est où ?

Sébastien   Comme si je le savais !

Vincent      Elle a des trucs à sortir de la voiture, c’est ça ? Elle a besoin d’aide ?

Sébastien   Non, elle n’a pas besoin d’aide. Et puis elle ne sort rien de la voiture puisque la voiture, c’est moi qui l’ai.

Mathieu     On se doute bien que vous n’êtes pas venus à pied ! Houlà ! Qu’est ce que tu as ? Tu as fumé ?

Sébastien   Ah non ! Mais peut-être que j’aurais dû !

Mathieu     Bon, attends ! On reprend du début. Quand vous êtes arrivés, tu as fait quoi ?

Sébastien   Quoi, quoi ?

Vincent      Moi je crois qu’il fait un AVC.

Mathieu     Mais non ! Alors, tu arrives devant le portail…

Sébastien   Oui !

Mathieu     Tu passes le portail…

Sébastien   Oui !

Mathieu     Tu te gares devant la villa…

Sébastien   Oui !

Mathieu     Tu coupes le contact…

Sébastien   Oui !

Vincent      (A Mathieu) Eh ben, heureusement que tu as commencé au portail et pas à Paris place d’Italie. Oh mais attends, j’ai  compris. Vous vous êtes disputés et elle fait la gueule dans la voiture.

Sébastien   Ah non !

Mathieu     Alors ? Tu coupes le contact et tu descends de la voiture…

Sébastien   Oui !

Mathieu     Virginie descend de son côté…

Sébastien   Non !

Mathieu     Tu as juste amené « Oui » et « Non » comme mots ? Tu as laissé les autres à la maison ?

Sébastien   Ben non !

Vincent      Alors explique ! Virginie elle est descendue de la voiture ou pas ?

Sébastien   Elle n’est pas descendue parce que… elle n’y est jamais montée. On ne s’est pas disputés pendant le voyage, mais avant le voyage. Du coup elle n’a rien à sortir de la voiture parce qu’elle n’y a rien mis. C’est bon, j’ai répondu à toutes les questions ? Alors ça y est, c’est le retour de l’inquisition ?

Mathieu     Ça va, calme toi ! On voulait juste savoir pourquoi tu es dans cet état.

Sébastien   Excusez les copains, mais je ne sais plus où j’en suis. Elle m’a quitté ! Elle m’a dit qu’elle en avait marre de moi et elle est partie. Elle n’avait même pas payé sa part du loyer du mois dernier.

Vincent      Meeeerde ! Mais, c’est arrivé comme ça, du jour au lendemain ?

Sébastien   Oui ! Enfin… non ! C’est vrai que, depuis quelques temps, ce n’était plus pareil. Elle avait changé.

Mathieu     Elle avait changé comment ?

Sébastien   Très souvent, elle rentrait tard du travail. Et quand ce n’était pas le cas, elle se préparait, maquillée et tout, pour aller en boite avec une copine. (Mathieu regarde Vincent en faisant une grimace). Tu me connais, moi, je ne suis pas très « sortie boite ».

Vincent      Ça, on sait ! Tu n’es pas « sortie boite », tu n’es pas « sortie resto », tu n’es pas « sortie, je m’amuse ». Toi tu es « pas de sortie du tout ».

Sébastien   Quand tu vois le prix d’une consommation en boite, ou d’un plat au resto, merci bien, ça ne donne pas envie de sortir. Ah les salauds, qu’est ce qu’ils se gavent !

Vincent      Et… au lit ?

Sébastien   Au lit, ça va, je dors bien, merci !

Mathieu     Mais qu’il est con ! Au lit, avec elle ! C’était comment ?

Sébastien   Ah ! On ne dormait plus ensemble. Ben oui, comme elle sortait, elle disait qu’elle préférait dormir dans la chambre d’amis pour ne pas me réveiller quand elle rentrait tard. Ou plutôt, tôt le matin. C’était gentil, non ? (Têtes désappointées de Vincent et Mathieu) C’est vrai que du coup, on faisait l’amour moins souvent. Beaucoup moins souvent. Voire même, plus du tout.

Mathieu     Et tu ne t’es jamais posé de questions sur le fait qu’elle se mette subitement à sortir ?

Sébastien   Ben non ! Quelles questions ? Je ne me suis pas inquiété. Je me suis dit qu’elle avait besoin d’un peu de liberté, d’espace.

Vincent      Moi j’ai toujours dit : Si tu veux donner plus d’espace à une femme, agrandit la cuisine !

Mathieu     Belle mentalité ! Sébastien, tu n’as jamais pensé qu’elle ne sortait peut être pas… avec une copine, mais… avec quelqu’un d’autre ?

Sébastien   Heu non !... Attends, tu veux dire que…

Mathieu     Je ne dis rien, je cherche à comprendre. Elle n’a jamais rien dit, à propos d’un mec, qui pourrait laisser penser que…

Sébastien   Ben… non !... Ah si, une fois elle a dit qu’en boite, elles avaient fait la connaissance d’un type très sympa et qu’elles avaient bien rigolé… Maintenant que j’y pense, c’est vrai qu’après, elle en parlait souvent de ce type. Elle en parlait même tellement que ça a fini par m’énerver un peu. « Mickael il a fait ceci, Mickael il a dit cela », il y avait un Mickael dans chacune de ses phrases… Mais… tu crois que…

Vincent      Nous on ne croit rien… mais c’était quand même un bon indice !

Sébastien   Une fois, il l’a même invitée au resto. Et pas n’importe où. A Epicure, le restaurant du Bristol ! Tu te rends compte, un resto 3 étoiles. J’ose même pas imaginer ce que ça lui a couté au gars. Faut être taré pour aller dans un truc comme ça.

Vincent      Aïe !

Sébastien   Quoi « Aïe » ?

Vincent      Ecoute-moi bien ! Souvent, quand un mec invite une femme à dîner au resto, en tête à tête, ce n’est pas forcément la tête de la dame qui l’intéresse.

Sébastien   Ben oui, c’est le repas ! Dans un trois étoiles…

Mathieu     Tu es demeuré ou tu le fais exprès ? Ça veut dire que le gars, il a une idée derrière la tête. Ce qui l’intéresse, ce n’est pas le menu du resto, c’est le menu APRES le resto.

Sébastien   Comprends pas !

Vincent      Il veut coucher avec elle !

Sébastien   Eh ben il est vraiment con le gars ! Payer un trois étoiles juste pour pouvoir coucher avec la bonne femme…

Mathieu     Tais-toi, tais-toi, tais-toi tu m’énerves ! La femme, elle, elle n’est pas dupe. Elle sait très bien que le gars a cette idée derrière la tête. Et si elle accepte le dîner, elle accepte, implicitement, ce qui suivra. Tu comprends ?

Sébastien   …Tu veux dire que… qu’ils n’ont pas fait que manger ! Après, ils auraient…

Mathieu     (fait une moue) On peut le penser !

Sébastien   Au Bristol aussi ?

Mathieu     Au Bristol, ou chez lui. Le fameux dernier verre !

Sébastien   Si c’est au Bristol, il doit être blindé le gars, parce que, une chambre au Bristol…

Vincent      Mais on s’en fout du Bristol ! C’est Virginie qui compte. Oh ! Réveille- toi ! Elle est partie avec ce type. Désolé d’être brutal mais il faut que tu ouvres les yeux, mon grand.

Sébastien   Merde alors ! Elle est partie avec…

Vincent      Voilà ! Mais maintenant, il ne faut pas te laisser abattre. Il faut rebondir, repartir sur une nouvelle vie. Et pour ça, compte sur nous, on va t’aider.

Sébastien   C’est sympa, les amis ! Mais je vais avoir du mal à m’en remettre parce que moi, Virginie… En même temps, je ne peux pas lutter contre le Bristol !

Mathieu     Non, mais tu dois lutter pour toi ! Allez va chercher tes bagages et essaie de penser à autre chose.

Sébastien   Oui, tu as raison ! Et puis comme on dit : « Une de perdue, dix de retrouvées ».

Vincent      Oui enfin… Ne rêve pas trop quand même ! Allez, bagages !

Sébastien va vers la sortie, s’arrête en chemin, sort son téléphone.

Sébastien   (en sortant) Ma chérie, c’est encore moi. Tu ne m’as toujours pas rappelé…

 Acte 1 – Scène 4 : Mathieu (3) – Marie Françoise (3) – Vincent (4) – Céline (5)

(Marie Françoise revient des chambres)

Mathieu     Qu’est ce que tu as fait de Céline ?

M.F.           Quand elle a vu l’olivier près la terrasse, elle n’a pas pu s’empêcher d’aller lui faire un câlin et lui parler. Je ne sais pas ce qu’elle lui raconte, mais il est très attentif. Quelqu’un est arrivé ?

Vincent      Oui ! Sébastien ! Pas en forme. Virginie l’a largué, il est au 36e dessous. Il va falloir en prendre soin.

M.F.           Eh bien ! Ça va être gai ! S’il faut s’occuper d’un dépressif ! (Retour de Céline) Ça y est Céline, câlin terminé ?

Céline         Tu ne peux pas savoir le bien que ça fait de coller son corps à un arbre. Toute son énergie te traverse et te régénère.

Vincent      La prochaine fois essaie d’y coller la tête. Il parait que ça régénère le cerveau.

Céline         Ah oui ? Faudra que j’essaie. Bébé, tu n’as jamais eu l’idée de faire une émission sur les arbres ou les plantes.

Mathieu     Non, moi, tu le sais bien, c’est plutôt la télé réalité.

Céline         Vous avez regardé sa dernière émission, à Bébé ?

M.F.           Nous, ce genre de programmme…

Céline         Dommage, c’était bien ! Mais ça n’a pas marché du tout ! Celle d’avant non plus elle n’avait pas bien marché. Hein Bébé !?

Vincent      Peut-être que les gens en ont marre de ce type d’émissions. Il faut bien dire que ça ne vole pas haut et les participants sont plutôt « bas de plafond ».

Mathieu     Je te rappelle que Céline en vient de la télé réalité. Ce n’est pas très gentil pour elle.

Céline         Nan, laisse Bébé, je le prends pas pour moi. Il a pas tort. De mon temps le niveau était quand même bien plus élevé.

Vincent      Voilà ! Alors imagine le niveau d’aujourd’hui !     

(Entrée de Jean Michel et d’Aurélie, accompagnés de Marjorie)

Acte 1 – Scène 5  : Aurélie (10) – Céline (8) – Dorothée (8) – Mathieu (6) – Marie Françoise (6) –Vincent (2) – Jean Michel (16) – Sébastien (6)

Aurélie       Bonjour tout le monde ! Pas fâchée d’être enfin ici ! (Embrassades bonjour) Jean Michel décharge les bagages. Marie Françoise, on a trouvé ton amie sur notre route. Elle montait à pied, et comme il n’y a que cette villa sur la colline, on s’est dit qu’elle ne pouvait que venir ici. On n’a pas tout compris à ce qu’elle nous a raconté.

Céline         Ben, pourquoi vous étiez à pied ? Vous êtes venue par le train ? Vous auriez pu prendre un taxi, depuis la gare.

Dorothée    Hein ?... Heu non mais… C’était pour brouiller les pistes. Depuis que j’ai quitté Paris, j’avais la sensation d’être suivie. Je roulais, ils me suivaient. Je m’arrêtais, ils s’arrêtaient. Je repartais, ils me re-suivaient.

Céline         Qui « ils » ?

Dorothée    Heu… Je crois que c’était les… services secrets.

Mathieu     Les services secrets ? Pourquoi vous suivraient-ils ?

Dorothée    Parce que… Parce que je sais des choses ! Ils ne veulent pas que j’en parle !

Aurélie       Si vraiment ils voulaient vous empêcher de parler, il serait facile de vous éliminer.

Dorothée    Oui mais… avant, ils veulent savoir à qui que je cause. J’ai réussi à les semer en prenant des petites routes. Mais ils sont malins et ils ont des moyens. Alors à Cannes, j’ai laissé la voiture sur un parking et j’ai fait du stop jusqu’ici. Le gars qui m’a amenée m’a laissée en bas.

Céline         Oui mais alors, ceux qui vous suivent, s’ils vous retrouvent, ils vont penser que vous nous avez parlé. Du coup, on est peut être tous en danger.

M.F.           Mais non, Céline ! N’ayez pas peur, nous ne risquons rien. Dodo… Dorothée à toujours tendance à exagérer.                       

(Entrées de Jean Michel avec 2 valises, accompagné de Sébastien)

Jean Mi     Bonjour les amis ! (Il laisse tomber les valises et s’écroule dans le canapé). Je suis au top pour une semaine de farniente, de sieste et de repos.

Aurélie       J’espère bien qu’on va bouger un peu. Si c’est pour dormir tout le temps, tu aurais très bien pu le faire à la maison.

Jean Mi     Bouger ! Rien que le mot me fatigue.

Vincent      Tu n’as pas ramené ta valise, Seb ?

Sébastien   Heu… Je crois que je l’ai oubliée. C’est Virginie qui devait la mettre dans le coffre. C’est toujours elle qui la mettait dans le coffre.

Jean Mi     Au fait, elle est où Virginie ?

Sébastien   Appelle le Bristol !

Jean Mi     Hein ?

Mathieu     Laisse, on t’expliquera. Comment se fait-il que vous arriviez si tard ?

Aurélie       Il a d’abord fallu déposer les enfants chez mes parents. Et ensuite, on a roulé traaaanquillement. TRES tranquillement ! Jean Michel ne dépasse jamais le 70.

Jean Mi     On a surtout perdu du temps quand les flics nous ont arrêtés sur l’autoroute.

M.F.           Pourquoi ?

Jean Mi     Parce que, justement, on roulait trop lentement ! Tu te rends compte !

Céline         Ça ne m’étonne pas. En fait, ils voudraient qu’on roule vite pour pouvoir nous gauler. C’est une excuse pour faire de la répression et gagner des sous. Tout est calculé !

Jean Mi     Dites les enfants, je ne voudrais pas vous bousculer mais on n’est pas venu ici pour refaire le monde. Je propose une activité saine.

Aurélie       Toi ? Toi, tu proposes une activité ? Qu’est ce qui t’arrive ? C’est la vitesse qui t’a grisé ?

Céline         Mais laisse-le s’exprimer, Aurélie.

Mathieu     C’est quoi ton activité saine ? Une petite marche ? Une partie de foot ? Piscine ?

Jean Mi     Non ! Rien de tout ça ! Je propose… APERO !!!

Aurélie       Je me disais aussi… 

Céline         Qu’est ce que tu veux, Jean Mi, c’est pas un sportif, c’est pas un sportif ! Mais il a d’autres qualités.

Aurélie       Ah oui ? On voit bien que tu ne vis pas avec lui. Et question activité, c’est service minimum !

Jean Mi     J’ai des journées chargées alors, le soir, j’ai besoin de repos.

Dorothée    Vous faites quoi comme boulot ?

Jean Mi     Avocat !

Aurélie       Jean Michel à principalement comme clients, des voyous, des malfrats, et des tarés de toutes sortes.

Mathieu     J’ai vu que, dernièrement, tu avais pris la défense du cinglé qui agressait les vieilles dames dans les supermarchés. Ça s’est fini comment ?

Jean Mi     C’est en délibéré mais je pense pouvoir lui obtenir 5 ans fermes !

Dorothée    Vous le défendez et vous espérez qu’il prendra 5 ans !?

Jean Mi     Bien sûr ! Comme il en mérite 10, ce serait une belle victoire !

Dorothée    Eh bien si un jour j’ai des ennuis, faites-moi penser de ne pas vous prendre comme avocat.

Céline         Et vous auriez tort ! Jean Michel est un très bon avocat !

Aurélie       Qu’est ce que tu en sais toi ? Tu as déjà eu besoin de ses services ?

Jean Mi     Trêve de balivernes ! Marie Françoise, tu peux montrer notre chambre à Aurélie. Moi, je n’ai pas le courage.

M.F.           Oui, suivez-moi, je vais vous montrer où poser vos bagages.

Sébastien   Et pour ceux qui n’ont pas de bagages ?

M.F.           Ah oui ! Eh bien, toi, il va falloir que tu achètes ce dont tu as besoin.

Sébastien   Que j’achète tout ? Attends, je ne vais pas racheter des trucs que j’ai à la maison. J’en ferai quoi, après ?

M.F.           Tu ne comptes pas rester comme ça toute la semaine !

Sébastien   Ben… les gars pourraient peut-être me prêter quelques caleçons.

Mathieu     Ça ne se prête pas un caleçon ! Tu ne veux pas non plus que je te prête ma brosse à dents !?

Sébastien   Non, les dents, c’est pas la peine, comme il n’y a pas Virginie…

Dorothée    Il ne serait pas de la famille « gros dégueulasse », votre copain ?

M.F.           Allez, suivez-moi ! Vous verrez, toutes les pièces ont accès à la terrasse et les chambres ont toutes vue sur la mer, sauf une. J’ai vu, en arrivant, qu’il y avait piscine, cours de tennis, terrain de pétanque et tout le matériel utile.

Mathieu     Ces vacances vont être géniales !

Sébastien   Ouais ! Pour moi, ça a bien commencé !

Jean Mi     Oh le schtroumpf grognon, tu arrêtes de te plaindre, un peu !

Vincent      Pendant que vous vous installez, avec Mathieu, on va préparer l’apéro sur la terrasse.

Jean Mi     Voilà une sainte parole ! (Vincent et Mathieu prennent des bouteilles au bar et sortiront terrasse)

Aurélie       Jean Michel ! Debout ! Tu ne comptes pas me laisser porter les valises !?

Jean Mi     Pfff ! A peine arrivé, faut déjà bosser !

Céline         (L’aidant à se relever) Allez courage Jean Mi !

(Aurélie et Sébastien suivent Marie Françoise vers les chambres. Jean Michel va sortir mais Céline le retient et se jette dans ses bras)

Acte 1 – Scène 6  : Céline (5) – Jean Michel (5) – Vincent (2) – Mathieu (2) – Sébastien (0)

Céline         Oh mon chéri, c’est bon de te retrouver !

Jean Mi     Tu es folle ! Si quelqu’un arrive !

Céline         Tu m’as tellement manqué.

Jean Mi     Manqué !? Mais enfin mon cœur, on se voit trois fois par semaine à Paris.

Céline         Oui, mais une journée sans toi, c’est encore trop long. Tu as parlé à ta femme ? Je n’en peux plus de voir comme elle te traite.

(Sébastien revient, les voyant dans les bras l’un de l’autre, il reste à la porte et écoute)

Jean Mi     Non, mais ce n’est pas facile à annoncer et je cherche le meilleur moyen. Et toi, tu as parlé à Mathieu ?

Céline         Non ! J’attends la fin des vacances pour le faire sinon, ça risquerait de mettre la pagaille ici.

Jean Mi     Tu as raison ma chérie ! Mais fais attention avec Aurélie. Tu prends souvent ma défense devant elle. Il ne faudrait pas éveiller les soupçons.

Céline         Oui je sais, mais elle m’énerve à toujours te critiquer. Et puis, défendre un avocat de la défense, c’est original, non ? (ils s’embrassent)

Jean Mi     (on entend parler Vincent et Mathieu qui reviennent) Allons vite rejoindre les autres ! (Sébastien disparait. Jean Mi et Céline sortent chambres quand entrent Vincent et Mathieu)

Vincent      Il y a certainement des glaçons à la cuisine. A propos de cuisine, si tu pouvais briefer Céline pour qu’elle ne nous soûle pas à chaque repas… Parce que, moi, je te préviens, je ne passe pas huit jours à manger de l’herbe et des graines.

Mathieu     Ok ! Je vais voir ce que je peux faire !       

(Ils vont sortir cuisine quand le téléphone de Mathieu sonne)

Mathieu     C’est Catherine, la productrice de mon émission ! Elle avait rendez-vous avec la chaine pour la prochaine grille des programmes.     

Vincent      Je m’occupe des glaçons ! (il sort cuisine)

Acte 1 – Scène 7  : Mathieu (9) – Vincent (2 + 1 OFF) – Sébastien (8)   

Mathieu     Bonjour Catherine ! Alors, quelles bonnes nouvelles ?... Quoi ? Comment ça, « non reprogrammée » ?... Oui, je sais, les audiences sont en baisse mais… La chaine souhaite s’orienter sur du plus culturel !? Mais qu’est ce qui peut être plus culturel que la télé réalité ? Les gens adorent critiquer la vie dont ils rêvent mais qu’ils n’auront jamais… Dans ce cas là, il faut proposer l’émission à une autre chaine… C’est déjà fait !? Et alors ?... Quoi « rajeunir le ton » ?... Changer l’animateur ? Mais ça fait des années que je la présente cette émission… Marre de voir ma tête ? Et Drucker, alors ? Ça fait 120 ans qu’il fait de la télé et ça marche toujours… Oui je sais, je ne suis pas Drucker… Tu veux ?... Mettre un terme à mon contrat ?… Trop vieux !?... « Has been » !? Mais alors je fais quoi, moi, maintenant ?... Des animations de supermarchés !? Mais enfin Catherine, tu ne peux pas me faire ça !... Allô ?... Allô ? (il raccroche) Viré ! Je suis « has been » et viré !

Vincent OFF       Mathieu ! Tu peux venir chercher les glaçons !

Mathieu     Hein ? Oui, j’arrive ! (Il sort cuisine Sébastien revient par la terrasse)

Sébastien   J’ai bien vu ce que j’ai vu ! Céline et Jean Mi ! J’y crois pas ! Céline et Jean Mi ! Mais qu’est ce qu’elles ont toutes ? Et pourquoi Virginie, elle ne rappelle pas ? En ce moment, tout va mal ! En plus il n’y a qu’une chambre qui n’a pas vue sur la mer, et bien sûr, c’est pour moi ! Pourquoi ça tombe toujours sur moi, les emmerdes ? (Retour de Mathieu avec un pot à glaçons)

Mathieu     Tu parles tout seul Seb ?

Sébastien   (Se jetant dans ses bras) Oooh Mathieu ! Mon pauvre vieux !

Mathieu     Vieux !? Oui je sais, merci !

Sébastien   C’est une catastrophe ce qui t’arrive !

Mathieu     Mais… tu es au courant ?

Sébastien   J’ai tout entendu ! Oh la tuile pour toi ! Alors, d’abord Virginie qui me quitte, et maintenant, toi qui… On ne peut vraiment pas faire confiance aux bonnes femmes. Qu’est ce que tu vas faire ?

Mathieu     Je ne sais pas ! Je dois bien dire que j’ai pris un sérieux coup sur la tête en l’apprenant.

Sébastien   J’espère bien que tu vas lui dire ce que tu penses de sa façon de faire. Moi à ta place…

Mathieu     Ecoute Seb, j’ai du mal à mettre de l’ordre dans mes idées, alors pour l’instant, pas un mot ! A personne ! Et surtout pas à Céline. Compris ?    

Sébastien   Comme tu veux ! Mais moi, à ta place…

Mathieu     Oui mais tu n’es pas à ma place, alors laisse-moi gérer ça à ma façon.

Sébastien   (reprenant Mathieu dans ses bras) Oh mon pauvre vieux ! 

(Retour de Vincent)

Vincent      Oh excusez-moi les amoureux ! Je ne voudrais pas troubler ce charmant moment d’intimité. Ça fait longtemps que… ?

Sébastien   Mais non, c’est Mathieu qui…

Mathieu     Rien ! Je faisais juste un câlin amical à Sébastien pour lui remonter le moral.

Vincent      Bien ! Allons sur la terrasse avant que les glaçons ne soient fondus. (Ils sortent terrasse. Vincent crie) APERO !!!

NOIR

Acte 2 – Scène 1 : Marie Françoise (12) – Sébastien (5) – Dorothée (11) – Céline (2) – Aurélie (3) – Vincent (2)

(Le lendemain matin. Marie Françoise vient des chambres. Elle s’assure qu’il n’y a personne, regarde vers la terrasse puis vers la cuisine)

M.F.           Vite, avant qu’ils ne se réveillent ! (Elle compose un numéro sur son portable. Elle a une voix très gouailleuse) Allô ! La prison des Baumettes ?... Ouais bonjour, c’est Corine Latouche. J’ai une autorisation téléphonique numéro 46323… (Sébastien arrive des chambres, il est en peignoir, elle ne le voit pas) C’est ça, pour le détenu Gérard Latouche, matricule 4257… Ouais, « Gégé l’anguille », si vous voulez... Merci j’attends… (Sébastien se cache derrière la plante ou le bar) Allô Gégé ! Comment ça va mon biquet ? Tu tiens le coup ?... Oui, moi ça va ! Je t’appelle tôt parce qu’après je ne pourrai plus. Je voulais te donner des nouvelles de… nos placements… Tout va bien ! Ce gros naze de Vincent ne se doute de rien. Il me prend toujours pour une bourge pleine de fric. Quel bourrin ce type ! C’est pour te dire que j’ai encore placé 50.000… Oui, pour une belle affaire, il parait. Dans pas longtemps tout ton pognon sera blanc comme neige. Et quand tu sortiras, dans 4 ans, on pourra aller vivre comme des princes, aux Maldives… Mais non, t’inquiète, j’vais pas te faire d’entourloupe mon biquet. J’te suis r’devable. C’est toi qui m’a sorti du trottoir où Momo les ris de veau me faisait tapiner. Ses derniers ris de veau, le Momo, il les a avalés de travers, avec la dose d’arsenic que t’y avais mis. Pour ça, j’te serai toujours reconnaissante mon Gégé... Tu m’connais, j’ai qu’une parole, j’te lâcherai pas. On m’appelle pas Coco la glu pour rien… Allez j’te laisse et j’te rappelle dans un mois, comme d’hab. Bisous partout mon Gégé. (Elle raccroche et reprenant son ton bourge) Et maintenant, je redeviens Marie Françoise Delarue. (Elle sort cuisine)

Sébastien   C’est pas possible ! C’est pas possible ! Coco la glu !? Mais c’est quoi ce bintz ?

(Marie Françoise ressort de la cuisine, Sébastien se cache à nouveau. Arrivée de Dorothée par les chambres)

Dorothée    Déjà debout Coco ?

M.F.           (Avec sa vraie voix) Chut ! Ne m’appelle pas « Coco » ici ! T’es ouf toi, tu veux m’griller ?

Dorothée    Désolé Coc… Marie Françoise ! J’vais faire gaffe !

M.F.           T’as plutôt intérêt ! Dis, Dodo, c’est quoi le bateau que tu nous as monté hier soir ? Les services secrets et tout le tintouin !?

Dorothée    J’ai été prise de court ! J’ai improvisé ! C’est Riton de Meudon qui m’a amenée, il avait à faire dans le coin. Et comme tu m’avais dit d’être discrète, je voulais pas le faire monter ici. C’est pour ça que je lui ai demandé de me laisser en bas. Surtout que Riton, il était pas tout seul. Y’avait Marco la gâchette et Tonton le cinglé avec lui. Je pense qu’ils préparent un coup dans le secteur.

M.F.           T’as bien fait de pas les amener. Question discrétion… !

Dorothée    T’as des nouvelles de Gégé ? Il va bien ?

M.F.           Ouais, je viens de l’appeler ! Ça va pas mal. Tu sais qu’il bosse, en taule ?

Dorothée    Gégé !? Il bosse !?

M.F.           C’est pour faire croire qu’il a besoin de fric. Il peint des santons. Tu sais, les p’tits bonhommes qu’on met dans les crèches.

Dorothée    Des trucs comme le p’tit Jésus ou les rois du fromage ?

M.F.           Les rois mages ! Ouais, c’est ça !

Dorothée    Ben merde alors ! Si on m’avait dit qu’un jour il bosserait le Gégé…       

M.F.          Ça l’occupe ! En tout cas, je suis bien contente que tu sois là, parce que les autres là… Il est temps que tout ça se termine. En attendant, faut surtout pas faire d’impair.

Dorothée    Hé ! On a p’t’être raté notre vocation avec les rôles qu’on joue. Au lieu d’arpenter le bitume pendant des années, on aurait pu devenir des stars du théâtre ou du cinoche ! Bon, j’t’avouerai que c’est pas toujours facile.

M.F.           Vu l’imagination que tu as, tu t’en sors très bien ! La preuve avec « les services secrets ». Mais fais gaffe de pas trop en faire quand même. Des fois c’est limite.

Dorothée    T’inquiète ! Plus c’est gros, plus ça passe. Et puis c’est marrant !

M.F.           Oui, mais si Vincent venait à apprendre pourquoi je suis avec lui…

Dorothée    Mais, dis-moi, ça gêne pas Gégé que tu couches avec l’autre truffe ?

M.F.           Pas du tout ! Gégé, il sait bien que j’suis pas une première main. Après 25 ans de tapin… Alors, pour lui, un de plus, un de moins…

Dorothée    C’est pas faux ! Dis, Coco, on est entre nous, on peut se parler franc. Kiki de Bastille, le complice de Gégé, qu’est ce qu’il est devenu, pour de vrai ?

(Elles sont interrompues par Vincent qui arrive des chambres)

Vincent      Je descends en ville, je vais chercher du pain et des croissants. Il faut autre chose ?

M.F.           Pour l’instant, non. Mais il faudra faire des courses, après le petit déjeuner.

Vincent      Ok ! (Il sort. Les filles vont cuisine. Sébastien sort de derrière la plante)

Sébastien   J’y crois pas ! Non mais j’y crois pas ! Pourquoi il a fallu que ça tombe sur moi ? Comme si je n’avais pas assez de soucis ! Entre Céline qui trompe Mathieu avec Jean Michel, les deux prostiputes, et Virginie au Bristol, eh ben bravo les vacances ! (Il va vers chambres quand arrive Céline)

Céline         Salut Seb ! Ça va mieux ?

Sébastien   Alors, toi, ne m’adresse pas la parole ! (Il va sortir quand arrive Aurélie)

Aurélie       Bonjour ! Bien dormi Sébastien ? Ah, c’est toi qui a piqué le peignoir de Jean Michel ! Il l’a cherché partout et m’a même accusée de l’avoir oublié.

Sébastien   (Il lui tombe dans les bras) Oh Aurélie ! Ma pauvre Aurélie ! Sois forte !

Aurélie       Ça va, je m’en remettrai ! C’est pas grave, j’ai l’habitude. Toi, tu n’as pas l’air en grande forme !

Sébastien   J’aurais du me coucher en arrivant et ne pas sortir du lit pendant ces huit jours. (Il sort)

Aurélie       Qu’est ce qui lui arrive ?

Céline         Et moi, qu’est ce que je lui ai fait ?

(Marie Françoise et Dorothée reviennent avec chacune un plateau sur lesquels il y a des bols en plastique)

Acte 2 – Scène 2 : Marie Françoise (7) – Céline (17) – Aurélie (8) – Dorothée (13)

M.F.           Bonjour les filles ! Les garçons sont levés ?

Céline         Mathieu fait son footing matinal.

Aurélie       Jean Michel est levé, mais pas réveillé. Lui, le matin, il prend touuuut son temps. Remarquez, le reste de la journée, c’est pareil. Et le soir c’est pire !

Céline         Oh ben le pauvre, il doit être fatigué. Passer ses journées à trouver des excuses pour faire innocenter des coupables, ça doit être épuisant. (Voyant les bols) C’est les bols pour le petit dej ça ?

Dorothée    Nan, c’est des petits chapeaux pour se protéger du soleil !     

Céline         C’est du plastique ! Il est hors de question que je déjeune dans du plastique. Vous vous rendez compte le mal que vous faites à la planète ?

Dorothée    En déjeunant, on fait du mal à la planète ?          

Céline         Tous les ans, des tonnes de plastique sont jetées dans la nature. Et ça se retrouve où ? Dans la mer !

Dorothée    Dans la mer !? Faut être barjot, après avoir déjeuné, pour balancer son bol dans la mer ! Y’en a qui font ça ?

M.F.           Ce n’est pas tout à fait ça, mais Céline n’a pas tort concernant la pollution due au plastique. Par contre, désolée, mais ici il n’y a rien d’autre.

Céline         En même temps, je dis ça mais, moi, je n’utilise pas de bol.

Aurélie       Céline ne boit pas de café, parce que : C’est mauvais pour le cœur, ça fait monter la tension artérielle, c’est un excitant, ça provoque de l’insomnie et de l’anxiété, ça fait faire beaucoup pipi et ça déshydrate… j’ai oublié quelque chose Céline ?

Céline         Non, je crois que c’est tout !   

Dorothée    Alors, vous prenez quoi pour le petit dej ? Du lait ? (montrant une brique de lait) Y’en a !

Céline         Du lait !? Mais quelle horreur !

Aurélie       Céline est végane.

Dorothée    Végane ? Moi, l’Asie, je connais pas !

Aurélie       Végane ! Ça veut dire qu’elle ne consomme aucune viande ni aucun produit provenant d’un animal. Pas d’œuf, pas de fromage, pas de lait, etc., etc. Et ce n’est pas tout ! Elle ne porte jamais de vêtement en polyester ou en synthétique parce que c’est à base de pétrole, mais elle n’en porte pas non plus en laine ou en cuir par exemple.

Dorothée    Eh ben !!! Vous vous emmerdez bien la vie, vous !

Céline         Pas du tout ! Je respecte la nature et les animaux. Et j’en suis fière !

Dorothée    Mais, attendez… Bon, j’ai compris pour les vêtements en laine parce que ça vient du mouton mais pourquoi pas de cuir ?

Céline         Vous croyez que ça vient d’où le cuir ?

Dorothée    Ben… de l’usine à cuir !

(M.F. et Aurélie sont mortes de rire)

M.F.           Ma pauvre Dorothée, il faudra que je t’explique deux ou trois trucs. Mais plus tard ! Céline, vous prenez quoi au petit déjeuner ?

Céline         Un fruit frais, un verre de lait de soja et des flocons d’avoine !

Dorothée    Ah ouaiiis ! Ça fait envie !

M.F.           Le fruit frais, ça ira, mais pour le reste…

Céline         Ne vous inquiétez pas, j’ai l’habitude. J’ai amené ce qu’il faut. C’est dans ma valise.  

Aurélie       En fait, Céline, tu ne manges que des plantes, ou des fruits.

Céline         Oui !

Aurélie       Parce que tu ne veux pas manger ce qui vient d’un être vivant.

Céline         Exact !

Aurélie       Mais si on réfléchit bien ! Une plante ou un fruit, ça nait, ça se développe, ça se nourrit, ça grandit, ça se reproduit, et puis un jour, ça meurt. Ne peut-on pas en conclure que les plantes sont aussi des organismes vivants ?

Céline         Aaah… oui, c’est vrai ce que tu dis. Une plante, ça vit ! Ben merde alors, je vais manger quoi, moi maintenant ?

Dorothée    Ben… A part sucer des cailloux…

M.F.           Là, on est parti loin dans le délire ! On devrait en revenir à notre petit dej, à nous.

Dorothée    Nan attends, il y a un truc qui me chipote depuis hier.  (A Céline) Il me semble que je vous connais, vous. On s’est pas déjà rencontrées ?   

Céline         Non, je ne crois pas, mais peut-être m’avez-vous vue à la télé. J’ai participé à une émission de télé réalité. C’est comme ça que j’ai rencontré Mathieu.

Dorothée    Possible ! J’aime bien regarder ce genre de conneries. C’était quoi l’émission ?

Céline         «Trouvez le cerveau ». Vous connaissez ? J’ai même été finaliste.

Dorothée    Ouaiiis, c’est ça ! C’est là que j’vous ai vue ! Qu’est ce que je me suis marrée ! Vous êtes vachement bonne comédienne ! Ah si ! Pour jouer les nunuches comme vous le faisiez, faut être forte ! Oh la débile que vous étiez !

M.F.           C’est l’hôpital qui se moque de l’infirmerie.

Aurélie       Chez moi, on dit : C’est le pet qui dit à l’anus : Tu pues !

Céline         Mais…

M.F.           (En riant) « Trouvez le cerveau » ! Franchement Dorothée, tu aurais pu passer le casting, tu avais toutes tes chances. Allez, on va finir par prendre le petit déjeuner à l’heure de l’apéro.

(M.F. et Dorothée sortent direction terrasse)

Acte 2 – Scène 3 : Aurélie (16) – Céline (4) – 4 Sébastien (17) – Mathieu (8) – Jean Michel (5) – Dorothée (1)

Aurélie       Moi, je vais essayer de sortir mon mari de sa léthargie chronique !

Céline         Tu le brusques tout le temps ! Lâche-le un peu !

(Sébastien apparait sur la porte, il écoute)

Aurélie       Ecoute Céline, à toi je peux bien le dire, (Elle s’assure d’être seules) Je ne supporte plus Jean Michel. Moi, j’ai besoin de bouger ! De vivre ! Avec lui, j’ai la vie d’un bulot en hibernation. Je n’en peux plus et ma décision est prise, je vais demander le divorce.

Céline         (enjouée) Non, c’est vrai ? (se reprenant, grave) Non, c’est vrai !?

Aurélie       Bien entendu, ça reste entre nous !      

Sébastien   (Se montrant) Ah non, ah non, ah non ! Cette pièce est maudite ! A chaque fois que j’entre, c’est pour voir ou entendre un truc que j’aimerais mieux ne pas savoir.

Aurélie       Sébastien, tu étais là !? Alors je te demanderai de tenir ta langue, s’il te plait. Je préfère que Jean Michel l’apprenne de ma bouche plutôt que de la tienne. Je peux compter sur ta discrétion !?

Sébastien   Bien sûr que tu peux ! Pour le reste, j’ai rien dit…  

Aurélie       Le reste ? Quel reste ?

Sébastien   Hein ?... Heu, je ne peux rien dire ! Tu me demandes de ne rien dire alors ne me demande pas de te dire ! (regardant Céline plein de sous entendus) Mais, je sais des choses !

Céline         Quel genre de choses ?

Aurélie       Des choses graves ?

Sébastien   N’essayez pas de me tirer les vers du nez, je ne dirai rien ! (A Céline) Et puis de toute façon, toi, je ne te parle pas ! (il sort terrasse)       

Aurélie       Qu’est ce que tu lui as fait ?

Céline         Je n’en sais rien ! Il est comme ça depuis hier soir ! Ce doit être son histoire avec Virginie qui lui tourne sur le ciboulot ! Mais j’y suis pour rien, moi ! Je vais aller faire un peu de yoga au pied de l’olivier, pour me détendre. Pfff ! Il m’a gonflé le cocu ! (Elle sort terrasse, Sébastien revient)

Sébastien   Aurélie, tu es seule ?

Aurélie       Oui, je suis seule. Qu’est ce que tu as Sébastien ? Tu es remonté comme un cocu… comme un coucou !

Sébastien   Il faut que je te fasse une révélation, à propos de Céline… 

(Mathieu revient de son footing, jogging, serviette autour du cou).

Mathieu     Bonjour ! Ça va ? Je viens de faire 10 bornes, ça fait un bien fou ! Je suis crevé ! (Il fait des étirements)

Aurélie       Alors, Sébastien tu voulais me dire quelque chose à propos de Céline.

Sébastien   Oui mais… non, finalement non !

Mathieu     (s’approchant) Quoi à propos de Céline ?

Sébastien   Non, c’est rien ! Rien de grave !

Mathieu     Eh bien justement, si ce n’est pas grave, tu peux le dire. Alors ? Céline ?

Sébastien   Eh ben… Elle heu… Elle mange des petits-beurre en cachette !

Aurélie       C’est ça ta grande révélation !? Que Céline mange des gâteaux !? Et alors, c’est son droit.

Sébastien   Oui mais… des petits-beurre ! Tu te rends compte ? Dans les petits-beurre, il y a du beurre ! Et le beurre c’est fait comment ? Avec du lait ! Céline, c’est une fausse végane ! Alors, c’est pas de la révélation ça peut-être !? Elle nous trompe ! Enfin, surtout toi Mathieu.

Aurélie       C’est vrai qu’une révélation comme ça, ça fait peur ! Enfin, Sébastien ! C’est pour ça que tu fais la gueule à Céline ? On sait que tu es sur les nerfs en ce moment, mais tu ne crois pas que ta réaction est un peu excessive ?

Sébastien   Oui, bon, peut-être ! N’empêche que… elle nous trompe ! (insistant) Surtout toi, Mathieu ! (il sort terrasse)

Mathieu     Il pète les plombs Seb en ce moment !

Aurélie       (imitant Sébastien) « Elle nous trompe ! Surtout toi, Mathieu » (Elle rit)

Mathieu     S’il savait ! (il prend Aurélie dans ses bras, et l’embrasse)

Sébastien   (qui revient) Final… Ah non ! Ah non ! Ça ne va pas recommencer ! Pas vous ! (Mathieu et Aurélie se sont rapidement séparés, gênés. Sébastien est au bord de la crise de nerf) Dites-moi que c’est pas vrai ! J’ai pas vu ce que je pense avoir vu ! Mais qu’est ce qui se passe dans cette baraque ?      

Aurélie       Calme-toi Sébastien ! Calme-toi ! Tu vas ameuter tout le monde !

Sébastien   C’est ce que je veux ! Ameuter tout le monde ! J’en ai marre d’être le seul à savoir. 

Mathieu     (Il le prend par les épaules et l’oblige à s’asseoir, lui parlant très calmement) Ça va ! Ça va ! Qu’est ce que tu as vu ? Tu as vu, une femme et un homme, qui s’embrassaient. Quoi de plus naturel, au fond ?

Sébastien   Oui mais la femme que j’ai vu embrasser l’homme, c’est pas la vraie femme de l’homme. Parce que la vraie femme de l’homme, elle fait des galipettes près de l’olivier et le vrai homme  de la femme, il… (Jean Michel apparait à la porte des chambres) il est là !

Jean Mi     Mais qu’est ce qui se passe ici ? C’est toi, Sébastien, qui braille comme un goret qu’on égorge ! Tu pourrais respecter la tranquillité des autres !

Sébastien   Et la mienne de tranquillité ? Tout le monde s’en fout de la mienne ! Moi, là, je n’ai qu’une envie, c’est de refaire mes bagages et de partir loin d’ici.

Jean Mi     Ça va être vite fait, vu que tu n’as pas de bagages ! Au fait, je peux te demander ce que tu fais dans mon peignoir ?

Sébastien   Ben… J’ai rien à me mettre !

Jean Mi     Et tu comptes passer la semaine dans mon peignoir ?

Mathieu     Viens avec moi, Seb, je vais te passer un short et un T-shirt.

Sébastien   Et un caleçon aussi !

Aurélie       Tu veux un de mes strings ?

Mathieu     J’habille le petit, je prends une douche et je vous rejoins pour le petit dej ! (Mathieu et Sébastien sortent chambres)

Jean Mi     Alors comme ça, tu portes des strings, toi, maintenant ? Depuis quand ?

Aurélie       Si tu faisais un peu plus attention à moi, tu le saurais !

Jean Mi     Je ne sais pas ce que tu as depuis un certain temps, mais, tu as changé Aurélie ! S’il y a un problème, il faut le dire !

Aurélie       Je ne pense pas que le moment et l’endroit soient bien choisis.

(Dorothée apparait à la porte de la terrasse)

Dorothée    Petit dej ! Tout de suite maintenant ! Y’a du pain frais et des croissants chauds !

NOIR - Possible entracte

Acte 2 – Scène 4 : Sébastien(13) – Jean Michel (19) – Mathieu (8) – Vincent (7)

(Les filles sont à la cuisine, les garçons sur la terrasse. Ils rentrent. D’abord Sébastien, puis Jean Michel, suivi de Mathieu et Vincent. Sébastien est au téléphone, il raccroche dépité)

Sébastien   Mais pourquoi elle ne répond jamais ?

Jean Mi     Arrête de l’appeler ! Tu crois que c’est en le faisant toutes les demis- heure que tu vas la faire revenir ? Tu fais l’inverse de ce qu’il faut faire. Tu as encore beaucoup à apprendre sur la psychologie féminine, mon petit Sébastien. 

Sébastien   C’est sûr que, toi, tu les connais bien LES femmes.

Jean Mi     Je pense qu’il faut respecter l’autre et ses décisions. Respecter autrui, c’est se respecter soi-même.

Mathieu     Je crois que Monsieur l’avocat est parti pour une de ses plaidoiries dont il a le secret.

Jean Mi     Il faut suivre une ligne de conduite digne et être d’une moralité irréprochable.

Sébastien   (rire ironique) Une moralité irréprochable !? C’est toi qui parle de moralité irréprochable !?

Jean Mi     Ça veut dire quoi, ça ?

(Sébastien est gêné d’en avoir trop dit baisse la tête)

Mathieu     Je crois que Sébastien veut dire que, le fait de défendre des hors la loi, te fait mettre quelquefois, la bonne moralité de côté.

Sébastien   Voilà c’est ça ! Mais… Pourquoi tu as dit que je fais l’inverse de ce qu’il faut faire ?

Jean Mi     Dis-toi une chose ! Quand on est dans la merde jusqu’au cou, il faut savoir garder la tête haute !

Vincent      Ah ça, c’est pas faux !

Jean Mi     En l’appelant en permanence, tu te rabaisses !

Vincent      Et quand on est dans la merde jusqu’au cou, il est préférable de ne pas se rabaisser.

Jean Mi     Si elle tient encore un peu à toi, le fait de ne pas appeler, peut créer un manque chez elle. Un manque de toi. Je dis ça pour t’aider à remonter la pente. Soit son histoire est sérieuse, et je ne te cacherai pas que, dans ce cas, pour toi, c’est fichu…

Sébastien   Ah oui, là, je remonte bien la pente !

Jean Mi     Ou alors c’est une passade. Un trop de toi, passager ! Si c’est ça, en l’appelant sans cesse, tu rajoutes du trop au trop ! Ne l’appelle plus et peut être, qu’au bout d’un certain temps, elle s’apercevra que, toi, tu lui manques. Le manque remplacera le trop. Il faut le créer ce manque. Tu comprends ?

Mathieu     (Pas convaincu) C’est une théorie qui vaut ce qu’elle vaut, mais ça se peut se tenter !

Vincent      Moi, je suis sceptique !

Jean Mi     Surtout, ne me soutenez pas !

Sébastien   Bon, ok, j’ai compris ! Donc je n’appelle plus !

Jean Mi     Voilà !

Sébastien   Et j’attends qu’elle appelle !

Jean Mi     Heu… Oui, si tu veux ! Mais ne reste pas, inerte comme une moule, à regarder ton portable en espérant qu’il sonne. Occupe-toi l’esprit, et si il sonne…

Sébastien   Je ne réponds pas !

Jean Mi     Quoi ?

Sébastien   Si elle appelle, je ne réponds pas ! Non mais alors ! Il n’y a pas de raison qu’elle n’en bave pas un peu aussi ! Qu’elle appelle ! Tu vas voir comment que je vais la laisser mariner. Je répondrai quand j’aurai décidé. Elle veut du manque, elle va en avoir !

Jean Mi     (atterré) Il n’a rien compris ! Il n’a rien compris ! Quand je l’écoute,  je me dis que l’intelligence n’a pas été distribuée de façon équitable. 

Sébastien   Mais quoi euh !?

Jean Mi     Bien sûr que si, tu réponds crème d’andouille ! Sinon, elle va penser qu’ELLE, elle ne TE manque pas. Et que tu es passé à autre chose.

Mathieu     Elle te manque, mais il faut lui laisser penser qu’elle ne te manque pas, en espérant que toi tu lui manques. Enfin, si j’ai bien compris ! Oui, si, c’est ça !

Sébastien   C’est pas clair, clair !

Jean Mi     Réfléchi à ça tranquillement ! On va passer à autre chose parce que là…

Vincent      Oui ! Alors, c’est quoi le programme de ces vacances ?

Mathieu     Moi, je propose, que pour se mettre en forme, tous les matins on fasse un petit footing ensemble ! Ça vous tente ?

Jean Mi     Courir !? Ça ne va pas, non !

Sébastien   Pas pour moi, merci ! On dit que le sport, c’est le dépassement de soi par soi-même. Chez moi, le sport c’est le dépassement de moi même par tout le monde.

Vincent      Moi, le footing… Tennis pourquoi pas ! Pétanque oui ! Mais footing…

Jean Mi     Moi c’est pareil ! Mais pas le tennis. La pétanque ça va ! Mais pas le matin. Et puis pas en début d’après midi, à cause de la sieste.

Mathieu     En nocturne !

Jean Mi     Voilà, ça c’est bien, en nocturne… mais pas trop tard non plus ! Ce matin je vais tester la piscine.

Mathieu     Whaou ! Tu vas nager !?

Jean Mi     (Levant les yeux au ciel) Nager ! Je reformule : je vais tester un transat au bord de la piscine ! (Il sort terrasse)

Mathieu     Je me disais aussi… Vincent, un petit tennis ?

Vincent      Pourquoi pas !

Sébastien   Je ferai l’arbitre !

(Ils sont interrompus par l’entrée des filles qui reviennent de la cuisine)

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Date de dernière mise à jour : 09/02/2026